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Nicolas Navarro, un marathonien et très grand champion à Aix-en-Provence

Aix-en-Provence, lundi 15 avril 2019 (prouvenco-info.com)

Nicolas Navarro est arrivé 10ème au classement général de la mythique course du Schneider Electric marathon de Paris, hier, dimanche 14 avril 2019.

« 2h11’53! Que les 10 derniers kilomètres furent longs, mais une fois qu’on en termine.. putain que c’est bon! » a déclaré le champion licencié au club d’Aix Athlé Provence, 2ème français de l’épreuve en arrivant seulement 4’48 » après le vainqueur Abrha Milaw. 

Mais qui est Nicolas Navarro, véritable phénomène des courses d’endurance? Petit retour en arrière et présentation par Guillaume Depasse sur le site runningheroes.com

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« On va essayer. Si on essaye pas, ça sert à quoi ? » Nicolas Navarro ne se prend pas la tête, et ce ne sera pas le 14 avril qu’il va commencer. Quand il descendra les Champs-Elysées, ce sera pour essayer de claquer un nouveau RP sur le marathon de Paris, comme l’année dernière, sans pression. Personne ne l’attendait et il a terminé deuxième français, à 1 seconde du premier, en 2 h 15 min 14 s. Six mois plus tard, il réitérait à Valence en 2 h 12 min 39 s. Des performances hors norme pour quelqu’un qui a commencé la course à pied en 2012.

Lorsqu’il arrive au Décathlon de Bouc-Bel-Air, à une quinzaine de kilomètres d’Aix-en-Provence, ce n’est pas pour aller acheter du matos. Le deuxième meilleur marathonien français de l’année 2018 travaille à l’atelier de réparation de vélos et de skis. Il ne vend pas des running. Cela ne le branche pas du tout, et puis il ne serait « surement pas de bons conseils ». Là-bas, il est connu et quand il rentre dans le magasin, les collègues l’interpellent : « Il te manquait 4 secondes, ironise l’un d’eux, assis sous un parasol en mâchant une bouchée de son sandwich triangle. Si tu ne t’étais pas arrêté pour pisser, tu l’aurais fait ! » 5 jours plus tôt, il manquait de passer sous les 29 minutes au 10 km de Saint-Médard-en-Jalles en Gironde. « On réessaiera la prochaine fois ! Il y en aura d’autres » lui répond Nicolas Navarro en haussant les épaules. « Puis l’objectif, c’est Paris».

À fond la Froome

À base de kebabs et de muffins

Le coureur de 28 ans avait prévu de tenter de réaliser un gros temps sur semi en avril. C’est à Prague que cela devait se faire, mais il n’a finalement pas pu s’empêcher de rempiler sur la distance reine : « L’appel du marathon était trop fort, avance-t-il catégoriquement. Je n’avais pourtant pas envie de repartir direct sur une prépa marathon après Valence. J’avais besoin de souffler un peu. » Ce n’est pas très étonnant. Une prépa marathon pour Nicolas Navarro, c’est 12 semaines intenses. Entre 14 et 16 h d’entraînement par semaine, pour environ 200 km parcourus. Avec un job aux 35 heures, la fatigue accumulée est importante. C’est notamment pour cela qu’après Valence en décembre dernier, le relâchement était notable : « J’ai pris 8 kilos en un mois, envoie-t-il.Je mangeais à longueur de journée. Kebabs, muffins, tout ce qui me passait sous la main. J’avais besoin de me lâcher. » Mais tous ces kilos ont été perdus. Lorsqu’il s’agit de retourner aux affaires, Nicolas laisse les écarts à l’écart.

Le séjour au Kenya l’a bien aidé. Parti en stage sur les hauts plateaux du village d’Iten, surnommé « la maison des champions », de fin février à fin mars avec 5 membres du club Aix Athlé, Nicolas Navarro s’est refait une santé. Jérémy Cabadet, son entraîneur au club, l’a vu revenir « particulièrement affûté alors qu’il était parti un peu grassouillet ». Là-bas, pas de tentation junkfoodesque. Les journées de stage au Kenya se ressemblent à peu près toutes : réveil à 6h, entraînement, petit-déjeuner, sieste, déjeuner, bronzette, sieste, deuxième entraînement vers 17h, dîner, coucher vers 21h. « On s’entraîne beaucoup, alors il faut bien se reposer. Ça fait partie intégrante de l’entraînement, et ça fait du bien. » Contrairement à son premier stage au Kenya il y a un an et demi, où Nicolas a subi une intoxication alimentaire à cause du lait d’une « vache pas très en forme », tout s’est bien passé.

Pendant un petit 7x2000m à 20 km/h : « C’est dur ! »

Il finance tout, même son équipement

Car pour le moment, Nicolas Navarro n’a pas de sponsor ni d’aide. « Je finance tout moi-même » appuie-t-il, comme si c’était normal. Son équipement est en partie couvert par les primes de courses qu’il accumule, notamment à Valence, seul marathon en Europe qui délivre des dotations intéressantes pour les coureurs qui battent leur record perso en moins de 2 h 20 min. Pour son stage au Kenya, il a dû poser toutes ses vacances de l’année et payer tous les frais. Concernant son contrat à temps plein, cela pourrait changer prochainement, s’il est sélectionné en équipe de France. Son nom figurerait dans la liste des sportifs de haut-niveau du ministère des sports et il pourrait bénéficier d’un programme spécial pour ne travailler qu’à mi-temps. « Ce serait idéal, car j’ai envie de continuer à travailler. Je n’ai pas envie de ne faire que du sport, je m’enfermerais trop.» S’il réalise les minimas pour les Mondiaux d’athlétisme 2019 de Doha lors du marathon de Paris, il y a de fortes chances pour que sa situation change. Il faudra donc courir en moins de 2 h 11 min 30 s.

Il partira surement avec Abdellatif Meftah, Benjamin Malaty, Florian Carvalho, Morhad Amdouni et Medhi Frere, les autres Français en course vers les minimas à Paris, et verra bien comment cela se passe. « Je vais essayer ! Il n’y a pas une grosse densité de coureurs de notre niveau à Paris, donc si je ne pars pas avec eux je serai vite seul. » Il préfère prendre des risques car courir seul, il n’aime pas trop ça. C’est d’ailleurs pour cela qu’il enchaîne les petites courses locales où il se rend avec ses potes du team MarathoniacK, un groupe d’entraînement de férus de marathons au sein du club d’Aix Athlé avec une ambiance détente. « Je prends ces courses comme des sorties d’entrainement. » Il court accompagné pendant un temps, et s’envole pour remporter la course et les paniers garnis assortis. En tous les cas, il n’est pas question de changer d’environnement. Il se sent bien dans le team.

S’il fait 2 h 11 min 30 s à Paris, il saute dans la Rotonde. Pari non validé par Nicolas.

Vélo, soleil, gamelle, soirées

« Il partage la plupart de ses séances avec nous, et nous nous fixons des objectifs communs, explique Jérémy Cabadet. Sur l’échauffement et la récupération, Nicolas est avec nous. Même s’il court plus vite, il profite de l’ambiance du groupe. » Pendant une séance spécifique de 7x2000m à 20 km/h, Philippe, un membre du club depuis 8 ans, lance : « Quand on le voit courir lui, c’est trop facile ! C’est un monstre. En plus il est super abordable, très cool et avec la tête sur les épaules. » Il reste disponible pour les membres du club. Ça lui fait du bien, et ça fait progresser les autres : « Le cercle vertueux du team Marathoniack permet à chacun de progresser bien plus que si nous étions chacun de notre côté. C’est notre leader. Il fait énormément de footings de récupération à rythme très lent et les autres peuvent échanger avec lui. »

– Il était pas devant le petit Nico ? – Si, mais je l’ai perdu de vue.

La solitude n’a jamais été son truc. Avant 2012, c’est à vélo qu’il enchaînait les kilomètres. De 8 à 18 ans, Nicolas Navarro passait la plupart de son temps à gagner les courses locales ou à imiter avec ses potes les pros et sprinter jusqu’à une ligne d’arrivée imaginaire, matérialisée par un passage piéton. Sauf qu’à Toulon, sa ville natale qu’il a quittée il y a 6 ans, les routes ne sont pas fermées. « On était trois et j’étais au milieu, se souvient Nicolas. Un de mes potes a voulu me doubler en passant sur la voie de gauche, mais une voiture qui arrivait en face l’a obligé à se rabattre sur moi et nous sommes tous tombés. J’ai fait un beau soleil et je suis retombé sur le cul ». Résultat : trois vertèbres lombaires cassées, une fissurée, et un arrêt total de 3 mois.

« Après ça, je n’ai jamais vraiment repris, confie-t-il. Et j’ai découvert les soirées. » Et comme avec son sport, il a été plutôt sérieux. « On enchaînait parfois les boîtes de nuit toulonnaises le jeudi, vendredi, samedi et dimanche. Ce n’était pas très glorieux, mais on a bien rigolé. » Puis c’est son frère Julien, de deux ans son aîné, qui a commencé à bien courir et faire quelques courses, où Nicolas l’accompagnait parfois comme spectateur. Ça lui a donné envie de reprendre le sport et il s’est mis à cavaler en 2012, une seule petite année avant de faire son premier marathon.

Premier marathon sans prépa

C’était à Montpellier, à l’âge de 23 ans. Mais à l’époque, il ne savait pas vraiment ce qu’était une préparation marathon et sa plus longue sortie avait été faite deux semaines avant la course, sur le semi de Toulon (21,1 km). Il l’a bouclé en 1 h 13 min. Ce n’est certes qu’un semi et courir deux fois plus de kilomètres, ce n’est pas la même chose. Il décide donc de partir aux sensations. Elles s’avèrent plutôt bonnes et il se retrouve rapidement avec le groupe de tête. Résultat : 3ème en 2 h 28 min 42 s, en s’étant trompé de route à 3 km de l’arrivée en raison d’un mauvais aiguillage. Solide première.

Il a continué à courir « tranquillement » jusqu’en 2016, en alternant trails et courses sur route avec son frère, jusqu’à ce qu’il se rende compte qu’il pouvait être sérieusement compétitif : « J’ai fait Marseille – Cassis en 2016 en me préparant bien. J’ai terminé 8e sur cette course relevée et je me suis dit que je pouvais faire quelque chose ». Il a ensuite rejoint le club d’Aix Athlé et Jérémy Cabadet a structuré ses entraînements. « Cela fait deux ans que son volume augmente progressivement, avec des logiques de cycles et d’assimilation, explique son coach. Il a une belle marge de progression et nous allons davantage travailler la vitesse pour qu’il puisse baisser ses records sur 10 km à 28 min 30 s et sur semi à 1 h 02 min. Une fois qu’il sera capable de faire cela, un marathon en moins de 2 h 10 min sera à sa portée. »

Nicolas ne se fixe pas de limite et s’il sent qu’il peut encore descendre plus bas, il le fera. Mais il faudra aussi qu’il puisse avoir plus de temps libre avec un contrat à mi-temps, et pourquoi pas quelques sponsors qui l’assistent. Car les journées ne sont pas à rallonge et pour se farcir 200 km par semaine, il faut pouvoir se reposer. Comme après ses séances matinales, où il est appréciable de récupérer tranquillement. Sauf que ses séances matinales sont davantage assimilées à un moyen de transport qu’à un entraînement. Il se rend au taff en courant. Cela changera peut-être si les minimas sont réalisés à Paris mais pour le moment, pas question de se prendre la tête, « je verrai bien comment je me sens » répète-t-il en penchant la tête, un brin timide. Mais comptez sur lui, il ne le sera pas le 14 avril.

 

Par : Guillaume Depasse

Source: runningheroes

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