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Gilets Jaunes – Le danger de l’impasse qui se précise

Salon, jeudi 21 février 2019 (prouvenco-info.com)

 

Que peuvent donc signifier le silence et la persistance du gouvernement macronien dans cette croyance ou dans cette foi ultra libérale indéfectible? La macronie campe résolument dans la certitude qu’elle affiche : « hors de l’ordo libéralisme pas de salut »!

Nous pouvons, en effet, constater que les gens actuellement au pouvoir, faisant partie de cette génération des années 70/80, les Macron, Philippe, Castaner, Griveaux et Cie, sont tous nés dans l’ère du néo libéralisme devenu l’ultra libéralisme, et qu’ils n’ont pas connu autre chose que cet univers de la logique marchande, financière, capitaliste sur le mode du « renard lâché dans le poulailler »…

La macronie provient d’un monde qui a grandi dans la richesse, dans la période des « 30 glorieuses », dans le confort, dans une vie favorisée par les facilités du développement technologique rendu possible pour les pays de l’hémisphère nord par le pillage massif de l’hémisphère sud. Ils pensent et raisonnent avec ces critères qui ont été ceux de leurs générations. Ils sont nés avec l’ultra libéralisme : c’est le libéralisme débridé qui était là au moment où ils sont nés. 

Le petit canard qui vient au monde et qui, se mettant à voir pour la première fois, trouve devant lui un prédateur, se comportera tout naturellement comme si ce prédateur était sa mère. Le petit canard va suivre sans hésiter et résolument le prédateur qui était là à l’instant de sa naissance, jusqu’au moment où ce prédateur aura décidé de le dévorer. 

Ces gens de la macronie actuellement au pouvoir n’ont jamais connu autre chose que la prédation marchande. Ils vont donc eux aussi persister à croire que le fascisme ultra libéral est un bien, leur mère. Ils sont sincères, ils sont nés avec cette vision du monde dans leur regard formaté ainsi malgré eux dès l’origine.  Dans leurs certitudes, celles de tous ceux qui pensent sincèrement qu’il n’y a pas d’autre logique possible à l’organisation de la vie en commun que celle de ce monde dominé par la raison marchande, la politique a été remplacée par l’expertise comptable…

Les idéaux humanistes, un modèle social à la française, celui qui avait été conçu par le programme économique et social du Conseil National de la Résistance, le principe de l’harmonisation sociale et fiscale, celui de la complémentarité et de la solidarité entre les classes, la justice sociale en soi, tout cela constitue pour cette génération dirigeante, une incongruité, une sorte d’archaïsme d’une autre époque, un monde disparu de leur univers mental devenu étranger à ce type de préoccupation. 

Pour eux, le monde normal est celui qui appartient à ceux qui le dominent. Ce monde-là ne peut être que celui des privilégiés, celui de ceux qui n’en tirent que du profit. Le monde qu’ils connaissent est un monde agréable, confortable, aisé, dans lequel tout est abondant, dans lequel seule la richesse est visible et fait loi.

Tout ce qui est à côté, c’est-à-dire ce qui souffre, ce qui peine, ce qui traîne, ce qui est exploité, méprisé, dévalorisé ou déconsidéré, tout cela est sans intérêt, inutile, hors sujet, en trop, anachronique, à éliminer dès que possible… Pour ces gens-là qui n’hésitent pas à tenir un langage de mépris, les Gilets-jaunes sont une population d’attardés sortant des cavernes d’un monde disparu! Ces « élites » sont quasi estomaquées en découvrant ces « hordes haineuses », soudain apparues dans les rues de France et de Navarre en hurlant des choses dont ils ne comprennent pas un traitre mot. Leur monde à eux était si tranquille, si prospère, si merveilleux, si agréable, si idéal! 

Qui venaient ainsi brutalement les sortir de leur nonchalance et de leurs rêves dorés?

Que leur voulaient donc ces Gilets-jaunes surgis de nulle-part comme une pandémie soudaine, une « fièvre jaune » tombée sans que personne ne s’y attende, sur le pays tout entier? 

La réaction de ces gens au pouvoir allait être et restera celle qui consiste à vouloir coûte que coûte éradiquer la maladie, l’exterminer, bloquer sa progression, par une mise en quarantaine, afin de l’isoler pour la tuer. Cette « fièvre jaune » est un mal qu’il faut combattre, chasser, éliminer, éradiquer. Tout sera « bon » pour justifier la violence du traitement appliqué : les perquisitions de masses, les arrestations de masses, les condamnations de masses, les massacres de masses par le fer, le gaz puis le feu… Face à une maladie, on ne fait pas de sentiments : on agit vigoureusement et on ne cherche qu’à tuer le mal avant qu’il ne devienne trop important!

Voilà ce qui se trouve dans la tête d’un Castaner ou d’un Philippe ou d’un Griveaux, en plein accord avec des Macron et autres compères de la caste des privilégiés inquiets de voir surgir ainsi cette « fièvre jaune » qui pourrait bien remettre en cause leur nonchalance de profiteurs d’en haut. Benjamin Griveaux disait ouvertement qu’il assumait pleinement ce discours, étant certain d’être dans la « vérité » de la religion ultra libérale. Castaner lisait tranquillement le journal à l’Assemblée Nationale, démontrant à quel point il méprisait la voix de ceux qui défendaient ce peuple nié dans son existence. Il signifiait par ce comportement à quel point il approuvait le massacre des Gilets-jaunes et que ce massacre n’allait sans doute pas encore assez loin…

Il est certain que ces « élites » au pouvoir ne peuvent pas comprendre la légitimité des revendications des Gilets-jaunes, pour la simple raison que ces revendications sont obsolètes, elle ne cadrent plus avec le modèle ultra libéral adopté comme une nouvelle foi, celle d’une conception sacrée, la nouvelle religion intouchable de la vie seulement autorisée et n’ayant de place que pour la richesse et les riches. Les revendications anachroniques des Gilets-jaunes est inaudible pour ces gens-là : c’est comme si les Gilets-jaunes parlaient le gaulois anciens à des étrangers venus des États-Unis et ne comprenant que le yankee.

Ces gens au pouvoir sont comme des fanatiques convaincus d’être dans la vérité « révélée » de cette nouvelle religion du marché. Tous les hérétiques qui ne pensent pas comme l’orthodoxie capitaliste sauvage l’impose, seront brûlés sur les bûchers de l’inquisition médiatique, puis sur ceux de la répression policière pour compléter le tableau. Ils feront des exemples. Ils frapperont fort. Ils seront odieux. 

Tout cela aura pour effet escompté de fomenter la révolte armée. Alors, ce jour-là ils pourront déclarer que les 5% de Français, constituant les Gilets-jaunes qui se mobilisent dans les rues, sont des « terroristes » tout comme les nazis qui occupaient la France déclarèrent que le petit pourcentage des Français, constituant les résistants du Vercors, étaient des « terroristes » qu’il était légitime d’éliminer radicalement, invitant par la même occasion tous les collabos à se joindre à eux pour exterminer la « vermine terroriste » des opposants à l’occupation.

Nous constatons, après trois mois de mobilisations, l’impasse totale dans laquelle se trouvent les Gilets-jaunes, puisque la macronie n’ouvre aucune porte ; puisque la macronie est sourde, aveugle et muette ; puisque la macronie montre son mépris avec une arrogance insondable ; puisque la macronie se comporte comme un enfant gâté, inconscient et inconséquent. 

Avec autant de violences judiciaires et policières, avec autant d’huile jetée sur le feu, il ne peut s’en suivre qu’un spectaculaire incendie dans les temps qui viennent. Face à autant de fermeture, d’entêtement et d’incompréhension, toutes les sorties étant verrouillées par ce Pouvoir enfermé dans sa position arrogante et intransigeante, la solution de sortie ne peut être que l’explosion d’une insurrection armée, une guerre civile, entre les 28% de macroniens et les 72% du reste du pays. 80% des Français continuent d’approuver les revendications des Gilets-jaunes. 72% des Français continuent de soutenir l’action des Gilets-jaunes. 55% des Français veulent la poursuite des mobilisations des samedis. 

Car, la grande majorité du pays sait que l’ultra libéralisme n’est pas la seule option possible : il existe autre chose, d’autres manières de concevoir la vie en commun, même si la mondialisation nous impose son schéma ordo libéral actuel. Beaucoup de Français sont nés à une autre époque que celle des accords de la Jamaïque. Ils ont connu un autre modèle de société ; ils savent que le modèle ultra libérale est une erreur et la cause du massacre actuel des plus modestes dans les sociétés qui pratiquent la prédation marchande.

Après un tel comportement de mépris affiché par le Pouvoir actuel, il n’est pas difficile d’imaginer la guerre civile et toutes les violences qui vont librement se déchaîner alors. La seule solution évidente qui se présentera pour mettre un terme à cette situation explosive sera celle d’un coup d’État militaire et avec lui la loi martiale. Après une telle tragédie survenue en France, il sera impossible d’envisager tout simplement la reprise normale d’élections sur le modèle ancien. La réforme de la Constitution sera en effet obligatoire et avec elle la refonte complète de l’Union Européenne.

Tant que le modèle ultra libéral prétendra qu’il est « la seule alternative » de la vie en commun, nous serons dans une logique de guerre. Car, ceux qui sont ainsi condamnés arbitrairement à souffrir et à mourir, ont tout perdu. Celui qui a tout perdu n’a plus rien à perdre : il n’a plus que la solution du désespoir qui le conduira à entraîner avec lui dans la mort ceux qui l’ont condamné à mourir.

Jean-Yves Jézéquel

 

source:mondialisation.ca

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