Aller au contenu

Opéra de Marseille : un Boccanegra bien décevant

Marseille, lundi 15 octobre 2018 (prouvenco-info.com)

 

« Simon Boccanegra » était sans doute attendu par beaucoup d’aficionados marseillais. Voilà en effet de nombreuses années que l’ouvrage n’apparaissait plus à l’affiche de l’Opéra ; cerise sur le gâteau, Léo Nucci lui-même avait réalisé la mise en scène. Toutefois, on peut être le « Rigolleto » du siècle et un metteur en scène médiocre. Nous avons, hélas, pu le vérifier.

« Simon Boccanegra » ne constitue pas l’œuvre la plus essentielle du répertoire Verdien. Elle n’a pas le prestige de Traviata, Don Carlos, Macbeth ou Aïda … Malgré tout, et d’un point de vue musical, nous avons suivi la soirée avec intérêt.

Juan Resus Rodriguez campait un Boccanegra très expressif avec un timbre saisissant. Il s’est joué des difficultés de la partition et a pu habiter son personnage dans une scénographie pourtant bien mièvre. Un autre rôle nous a convaincus : celui de Gabriel incarné par Riccardo Massi, pour l’occasion assez impressionnant. Nicolas Courjal dans l’interprétation de Fiesco était lui aussi très probant, tout comme Alexandre Duhamel qui faisait un Paolo Albani fourbe à souhait. Il fallait bien des partenaires de cette trempe pour donner la réplique l’impérial rôle titre !

Nous sommes plus circonspects quant à l’intervention de la soprano russe Olesya Golovneva. Certes, elle détenait les qualités nécessaires pour camper Amélia, mais son intonation (surtout au début de l’ouvrage) s’avérait métallique et presque incommodante. Saluons le travail de l’orchestre emmené par Paolo Arrivabeni qui aura su restituer une partition subtile ; et n’oublions pas la prestation très colorée du cadre de chœur.

A tout bien considérer, la vraie défectuosité de la création marseillaise résidait dans ses éléments visuels : des décors indigents et des costumes fades que révélait un éclairage dénué d’inspiration. On a bien compris par ailleurs que Léo Nucci, dans une scénographie convenue, voulait avant tout garantir ses collègues-chanteurs de toute perturbation technique ; immobiles, debout face à la salle, leur attitude évoquait plus une pièce concertante qu’une prouesse théâtrale !

Il faudrait que les responsables d’opéra saisissent que l’art lyrique (comme le public) a évolué. Il réclame des spectacles audacieux, de la magie dans les décors et dans les lumières. L’assistance veut être surprise, malmenée, conquise. Elle attend des productions débridées signifiant autre chose qu’une jolie partition et de bons chanteurs. Certaines scènes hexagonales ont assimilé cette évolution et proposent des réalisations novatrices. D’autres persistent dans un conformisme lénifiant, qui, au bout du compte, ne permettra ni l’émancipation de l’opéra ni le renouvellement du public.

 

Christophe Arnould

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *