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Au foot aussi, la mondialisation contre les identités

Aix-en-Provence, 22 mars 2018 (prouvenco-info.com)

 

Au foot aussi, la mondialisation contre les identités

La chaîne de télévision L’Equipe 21 a eu l’excellente idée de diffuser, quasiment dans son intégralité, le match France-Brésil de la coupe du monde 86. Une rencontre d’artistes, entre les deux plus belles équipes de l’époque, au terme duquel les Bleus se qualifieront aux tirs aux buts. Pelé dira que c’était l’un des plus beaux matches qu’il ait jamais vus.

  1. A l’époque, les joueurs français jouaient en France – exception : Platini, à la Juventus de Turin – les Brésiliens au Brésil, sauf deux ou trois cas, et, d’une manière générale, les footballeurs jouaient chez eux. D’autant que dans la quasi-totalité des pays, une équipe ne pouvait évoluer qu’avec deux ou trois joueurs étrangers au maximum. Enfin, souvent, le sélectionneur de l’équipe nationale était lui-même un ressortissant de ce pays.

Il en résultait une diversité des styles de jeu que l’on a peine à imaginer aujourd’hui. Outre la France et le Brésil, l’Allemagne, l’Italie, l’Argentine, la Hollande, l’Angleterre, et même des nations moins huppées comme la Yougoslavie ou l’Ecosse, possédaient un style bien à elles, qui les distinguait des autres équipes nationales.

En 1995, l’arrêt Bosman, pris sous l’égide de l’Union européenne, va dynamiter tout cela, en établissant l’illégalité des quotas de sportifs. Du coup, les clubs les plus riches, soutenus par des multinationales ou, plus récemment, par le Qatar, vont faire leur marché et recruter les meilleurs joueurs du monde. On aboutira à des aberrations dans lesquelles des équipes seront alignées… sans un seul joueur national.

Inutile de perdre du temps pour la formation des jeunes, il suffit de sortir le carnet de chèques pour acheter une vedette du ballon rond, ou une jeune pousse prometteuse… Magie du capital : si cette jeune pousse devient elle-même une star, le club pourra toujours la revendre à prix d’or.

Il en résulte qu’aujourd’hui, tous les grands clubs européens comptent dans leur effectif des joueurs de toutes les nationalités du monde. Et quand ces joueurs rejoignent chacun leur équipe nationale, le sélectionneur – assez souvent d’une autre nationalité – doit composer un patchwork sans âme, misant tout sur l’aspect physique, qui affrontera un autre patchwork sans âme et tout aussi physique.

Un effondrement du monde dans lequel nous vivons aurait pour conséquence heureuse de nous débarrasser de cette machine à tuer les identités, y compris dans le ballon rond.

 

Luc Deloncle

Crédit photos: DR

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