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Italie: le rejet de « l’exemple français »

Prouvenco-info.com dimanche 11 mars 2018

Italie: le rejet de « l’exemple français »

Alors que les résultats des élections législatives italiennes ne sont pas encore totalement connus, l’échec de l’esprit français (sic) est patent, ceci pour une quadruple raison :

  • L’échec patent du Parti démocrate, mouvement de gauche qui a su recycler les anciens communistes du PCI et qui siège à Strasbourg avec les socialistes européens (ce qui n’empêche pas les médias de parler, à longueur d’antenne, de « centre gauche ») qui frôle les 20 % des suffrages exprimés. Or, il y a seulement quelques mois, les médias français ne tarissaient pas suffisamment d’éloges à l’égard du président du Conseil italien, Mattéo Renzi, mandat qu’il a détenu entre février 2014 et décembre 2016. On parlait de « Macron italien » ou parfois même, Macron était le « Renzi français ». Nés dans les années 1970, européistes version Union européenne, l’un était l’autre et réciproquement… Les Italiens ont su rejeter, nettement et clairement, la version édulcorée de la gauche européenne. Il ne vous a pas échappé que nous ne sommes pas en Italie…
  • L’Italie n’hésite pas à parler de l’immigration et de ses conséquences néfastes (pas seulement du « vivre ensemble » à la française) lors des élections nationales. Lorsque je lis dernièrement dans les gazettes, au moment de la sortie de l’autobiographie du vieux leader nationaliste français, Jean-Marc Le Pen que ses thèmes furent « au cœur de la vie politique »… Quel mensonge, dès 1988, les politiques français ont tenté (malgré la réalité) de minimiser l’immigration et ses conséquences. D’ailleurs, il est clair que si l’immigration avait été au cœur des élections, les résultats du Front national auraient été largement supérieurs. En Italie, les thèmes sont libres, ils ne se limitent pas à la « sortie de l’euro », thème oh combien motivant pour les électeurs comme nous l’avons entraperçu récemment…
  • La droite italienne, comme l’autrichienne, est composite, formée de quatre mouvements aux tempéraments différents : les partisans de Forza Italia (proches de l’ancien président du Conseil, devenu inéligible, Berlusconi), ceux de la Lega, ceux des Fratelli (héritiers du Mouvement social italien, MSI, mouvement de droite nationale, sociale et populaire qui a maintenu la « flamme tricolore » de nombreuses années dans la péninsule) et les libéraux-conservateurs. Bref, un large panorama de l’opinion italienne qui sait, lorsque cela est nécessaire, s’unir sur un programme commun de gouvernement. En France, ne revenons-nous sur les oukases de la droite ( ?) vis-à-vis du Front national (FN), proche, au niveau européen, de la Lega (unie avec la droite italienne) et du FPÖ autrichien, au pouvoir en Autriche en compagnie des conservateurs. En France, l’union à Dreux dès 1983, en Corse dès 1984 et dans de nombreux conseils régionaux en 1998 n’a pas franchi le troisième millénaire… Aucun leader de l’UMP, puis de LR, n’a souhaité composé avec le FN. C’est ainsi. Pourquoi ? Aucune raison objective n’est donnée. Parfois, on entend, « car le FN est contre l’euro » mais il y a 17 ans l’euro n’avait pas cours légal et la réalité politique était la même… La droite française préfère exfiltrer des anciens FN pour les « recycler » (l’exemple de Guillaume Peltier, ancien FN, puis MNR, devenu cadre dirigeant de LR, est patent) plutôt que de mettre en place des projets.
  • Un parti populiste, proche de l’UKIP britannique, le Mouvement 5 Etoiles, est devenu le premier parti italien avec 30 % des suffrages exprimés. Ce mouvement, à peine âgé de 10 ans, donne une bouffée d’air frais en Europe. L’ancrage de ce mouvement, même s’il reste parfois indéfini, est d’abord contre les élites. Contrairement à la France où le parti le plus « élitiste » du système, En Marche ! devenu La République en marche (LREM) est devenu premier mouvement de France, l’Italie renvoie son « parti du système » à 20 % des voix et offre aux « 5 Étoiles » un véritable succès hors coalition.

Et pourtant, souvenez-vous, il y a peu, en 2016, le M5S remportait les villes de Rome et de Turin… Depuis la gauche, en particulier française via ses nombreux médias, n’a cessé de discréditer la politique municipale des élus (un peu comme les municipalités FN depuis qu’il en existe… quelques-unes !)

Défaite du parti représentant les gauches, maintien de toutes les thématiques au cœur des débats pré-électoraux, coalition des droites, parti populiste anti-élite en tête…

Les élections italiennes n’ont certes pas donné de majorité absolue claire, compte-tenu d’un mode de scrutin démocratique, c’est-à-dire liant expression majoritaire et proportionnelle et favorisant les alliances pré-électorales (donc les contrats de gouvernement) mais elles ont confirmé un rejet, et cela clair et net, celui de l’exemple français.

Franck BULEUX

Crédit photos: DR

 

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