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Pourquoi pas l’Empire européen ?

Aix-en-Provence, 21 juin 2017 (prouvenco-info.com)

 

Nous reprenons le dernier article d’un contributeur régulier du site Métamag, Gustin Sintaud. Une  réflexion sur l’idée d’Empire Européen. 

La rédaction.

 

 

A l’heure où la ridicule ébauche d’Europe Unie ne peut plus dissimuler sa vanité conceptuelle d’ensemble économique et marchand, ni sa totale inanité à exister vraiment pleinement, à durer, à se faire respecter comme puissance, se font entendre d’autres envies d’Europe -état, d’Europe puissance, indépendante, maîtresse de son destin, protectrice de ses réalités culturelles. Alors, pourquoi ne point oser rêver d’Empire européen plutôt que se tourner frileusement vers une Europe fédérale ou penser à une vague confédération de nations-états européenne ?

La proposition de fédérer entre elles les nations d’Europe n’est qu’imagination peu sérieuse, agitée dans l’urgence après le désolant constat d’échec cinglant du mirage de l’Union Européenne avec ses erreurs conceptuelles, la lourdeur et la complexité de tous ses règlements souvent mal adaptés, ses décisions déplorablement improductives, parfois castratrices….

Elle se fonde sur l’élément contestable de l’État-nation

Certes, dans cette projection, la liberté de chacune des composantes de l’amalgame serait, à priori respectée, et semblerait pouvoir s’exprimer, mais seraient en même temps juxtaposées les différences affirmées de chacune comme irréductibles, rendant absurde le beau rêve initial de possible harmonisation entre tous ces sujets potentiels de friction, de discorde, toutes ces sources de désaccords, de conflits, exactement semblables à ceux-là mêmes que l’idée estimable de construction européenne devait rendre définitivement impossible.

Le concept d’État-nation repose surtout sur la fiction de l’homogénéité d’un peuple, d’un territoire, d’un gouvernement central. La réalité de l’État-nation est marquée par toute une sclérose due à sa difficile gestation, son intransigeante volonté d’originalité unitaire, son sens de spécificité inaliénable. L’État-nation ne peut donc constituer un socle confortable à une structure politique européenne ajustée aux besoins vitaux de tous les Européens réunis par-delà leurs particularités, quand bien même ils auraient totalement pu gommer de leurs réflexes primaires, de séculaires ressentiments, leur solide antagonisme historique, méchamment exacerbé par la seule conception de nationalisme étroit. L’État-nation, avec son drapeau différenciant, son hymne vindicatif, ne fut que culture de violent chauvinisme, interdisant violemment tout rêve d’unité ethno-culturelle, de rassemblement harmonieux.

Par-delà les miasmes des néfastes effets de l’État-nation, l’espoir de nécessaire rassemblement de l’Europe à venir peut se nicher dans la projection d’Empire européen.

En cette novatrice suggestion, totalement lavée de tous les encombrants relents historiques qui pénalisent la valeur sémantique du mot : empire, cet Empire envisageable pour notre Europe n’aura rien de commun avec ses référents précédents : d’une part, l’Empire, semble naître du fait de l’extension du pouvoir à travers l’espace ; il repose souvent sur la diversité en gouvernant de manière différente des peuples différents ; dans ce cas, il est tiraillé entre la volonté politique d’étendre son contrôle territorial et un contexte où les peuples vivent des réalités socio-culturelle variées.

D’autre part, cet Empire envisageable pour l’Europe n’aura rien de commun avec l’empire colonial qui anima, durant des siècles et sur des millénaires, des États dans une expansion effrénée vers des territoires à conquérir, à soumettre, à exploiter, usant de tous les moyens pour dominer les espaces les plus vastes possible, d’abord à travers le « vieux monde », aux limites de toute la planète, ensuite.

Alors que s’imposa, sans vergogne, la seule raison du plus fort, s’énoncèrent parallèlement de pseudo-nobles desseins, fallacieux prétextes, de conversions religieuses salutaires ou d’urgente civilisation à apporter à des peuples sous-développés, sous-capables….

Après les empires perse, hellénistique,romain,arabe, mongol,ottoman, du XVème au XXème siècle, les empires portugais,hollandais,espagnol,britannique, français, russe et japonais rivalisèrent pour se partager le globe : le plus vaste empire colonial moderne, le plus puissant, mais aussi le plus impudent fut le britannique ; si l’Empire Français resta conséquent avant de disparaître en successives phases de décolonisation, l’Etat-nation France parade encore avec une présence territoriale sur tous les océans de la planète ; et toujours, encore aujourd’hui, de ses départements ultra-marins peuvent même s’exprimer d’acerbes contestations de « colonisés »….

L’Empire européen à concevoir, sans la moindre ombre coloniale, retiendra, de l’imperium romain, plus son sens de délégation de souveraineté que celui, initial, de pouvoir, de commandement et d’ordre à imposer, sans que ceci ne le prive de son pouvoir suprême. Rome aspirait à une homogénéité fondée sur une culture identifiable ; elle jouait dans le cadre de la Lex Romana sur l’attractivité de la possible obtention de la citoyenneté romaine offerte à des allogènes méritants.

Dans l’Empire romain d’avenir les peuples absolument européens y aspireront librement, pleinement par la seule volonté naturelle d’intégration constituante, hors cadre référentiel national pour souder un ensemble cohérent décidé à se réaliser comme puissance souveraine chargée de son avenir, de son destin commun ; l’imperium ne peut se prévoir sans commandement politique et militaire unique absolument accepté.

Finies alors des prétentions en concurrence, les intransigeantes frilosités nationales, les inopérantes protections étroites, toutes les différentes mesquines réserves qui ne survivent que pour préserver les reliefs d’un passé ridiculement inadapté aux défis contemporains bien morbides aujourd’hui ! Ce passé ne privilégie que superficielles particularités alors que l’avenir impérial de l’Europe ouvre résolument sur les multiples valeurs communes à tous, la même vision du monde, ferments de solidité et de durée. Un Empire européen ne peut que corriger des inégalités résistantes, sources de contestations légitimes, d’injustices destructrices, de rivalités bien incongrues, en proposant des lois impériales applicables sur tout l’Empire par lesquelles tous les citoyens sont également considérés.

Certes les esprits, assez semblables, à travers toute la grande Europe géographico-culturelle, ne sont point totalement prêts et aptes à se projeter si sainement pour ce devenir impérial, mais la sinistre incurie des tentatives européennes, la totale inefficience de l’Europe Unie qui se révélera jusqu’à son implosion prévisible, dans l’incapacité d’assembler de façon pérenne les vieilles nations européennes trop soumises à l’idée d’Etat-nation, et surtout de faire rêver à l’unisson tout le peule européen, laissera vite béante l’urgence de telle révolution des consciences .

La raison est en marche !

Toutes les vieilles structures et sous-structures de l’Union Européenne et des États-nations opiniâtrement conservatrices, commencent d’exploser et ne peuvent que disparaître bientôt, laissant libre place à d’autres choix inattendus, projet futuriste et perceptives constructives bien préférables à l’actuelle monstruosité.

Gustin Sintaud ♦

site: Metamag

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