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L’étrange victoire !

Aix en Provence 25 avril 2017 (prouvenco-info.com)

 

Retour sur un brigandage de génie commis par quelques politiciens un moment honnis par les sondages et quelques capitalistes fortunés aspirant à l’être encore plus.

Les urnes ont parlé au moins pour le premier tour. Macron affrontera la candidate antisystème, après une campagne médiatique où on l’encensa de l’aurore au crépuscule mais pas assez pour engranger quelques points supplémentaires et distancer nettement la «  blonde infernale ».

Car comme cela a été fait remarqué, l’écart la séparant du favori du système, adulé et porté au pinacle, 24 heures par jour, est inférieur à deux points malgré le traitement médiatique sans complaisance qui lui a été fait. (On se préoccupe beaucoup du fascisme mort il y a 70 ans alors que le terrorisme islamique ne semble pas être l’obsession des medias et des heureuses populations hexagonales).

Pourquoi le titre de cet article fait-il référence au livre de l’historien Marc Bloch écrit en 1940 après la défaite catastrophique de la France («  l’étrange défaite »).

Parce que, bien que les faits ne soient pas les mêmes, la psychologie des français de l’époque et celle des français d’aujourd’hui n’a pas changé.

Marc Bloch, combattant courageux de la première guerre, qui avait demandé, bien que dispensé, à être mobilisé pour la seconde, pointait, outre les erreurs et faiblesses du commandement et de l’Armée, les faiblesses psychologiques de la société de l’époque, et des individus la composant.

On est frappé par le fait que ces faiblesses demeurent, voire se sont aggravées.

Citons un passage du livre de Marc Bloch : « Le mépris des intérêts nationaux est un élément-clé de la défaite : les syndicats étaient plus occupés de leurs petits intérêts égoïstes, l’idéologie internationaliste et pacifiste a empêché de cultiver l’amour de la patrie, les médias – presse et radio – n’ont pas donné au peuple les moyens de se diriger correctement. Bloch évoque la pauvreté des bibliothèques municipales et les carences de l’Éducation nationale. Quant à la IIIe République, c’est un régime faible dont les dirigeants ont été incapables de préparer à la guerre. Enfin, la bourgeoisie, dont la situation socio-économique était difficile dans les années 1930, elle s’est trouvée tellement aigrie qu’elle détestait le Front populaire et ce peuple qui l’avait porté au pouvoir, et considérait la République comme un corps pourri jusqu’à l’os. Et elle se montrait réfractaire à tout ce qui pouvait sembler venir de ce régime honni. C’est pourquoi Bloch écrit ce fameux passage : « Il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l’histoire de France, ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération. » Ce sentiment de haine a fait des ravages, tout particulièrement au moment de la guerre.

Son « examen de conscience » prend en considération, enfin, la lâcheté de sa génération : « J’appartiens à une génération qui a mauvaise conscience. » déclare-t-il. C’est que cette génération avait compris que le traité de Versailles portait en germe le conflit suivant, elle avait pressenti un « sursaut allemand » à venir, elle avait réalisé que la France n’était plus une puissance qui pouvait compter en Europe. Et pourtant, elle n’a rien voulu voir, ni voulu mettre en garde : « paresseusement, lâchement, nous avons laissé faire. »

Il suffit d’enlever les références au Front Populaire et au Traité de Versailles pour faire de ce texte un texte d’actualité.

Les français (tout au moins un petit quart d’entre eux) ont choisi par aveuglement, indifférence aux menaces de leur temps, endoctrinement médiatique «  paresseusement, lâchement » de laisser faire et de se laisser vivre alors que les temps qui viennent seront ceux de féroces prédateurs économiques et religieux.

Ils vont faire le choix d’une société à la californienne, une société liquide, où tout glisse. Mais la Californie est loin des sources de conflit, pas la France.

Xavier Vieil.

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