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« Nous vous rappelons qu’il est interdit de fumer dans l’enceinte du métro… »

Première pluie d’automne. Les Marseillais énervés se faufilent entre les parapluies, se bousculent, glissent sur les trottoirs et gueulent contre les chauffards qui éclaboussent les malheureux piétons. Il n’est que 7 h 30. J’étais pourtant bien parti malgré la longue journée de cours qui m’attendait ; la banane et le bon pied. Je quittais mon antre en avance et me dirigeais direction métro Castellane, mon capitaine.

« Jusque-là, tout va bien », j’esquive les quadragénaires en pleine prise d’accélération pour ne pas rater leur bus, je mets les mains dans les poches à la recherche de quelques centimes pour me payer une sucette ou une autre sucrerie dans le kiosque vert et humide, reluisant des litres d’eau tombés pendant la nuit. Quand on s’arrête de fumer, il faut bien remplacer les années de bons et loyaux services de Dame Nicotine par autre chose, j’ai choisi la sucette et les fisherman. Quand on arrête de fumer, l’odorat se remet à jour et l’on redécouvre les odeurs du monde.

D’ailleurs, ça sent le caloute, le pétard, le joint, appelle ça comme tu veux. La jeune fille et sans doute sa petite sœur devant moi n’avaient rien demandé, mais furent tout de même obligées de se faire gazer tendance guerre chimique par l’escouade à l’entrée de la bouche de métro : j’ai nommé la bande d’amateurs de cannabis et d’incivilités à répétition. Triste Garde de la Nuit et du Jour, ces messieurs, de vrais malotrus, s’efforcent à occuper le bitume mouillé et crasseux. Ils font partie du décor, les gens les ignorent par habitude ou les évitent par « sécurité ». Deux choix confortables, mais malheureusement compréhensibles.

« On te parle de mecs avec la voix de Gabin, l’allure de Delon ou encore la droite de Ventura… »

La crainte, l’ignorance forcée et la soumission à cette Horde Sauvage sont les ravisseurs de la fierté qui existait il fût un temps chez certains hommes. Tu vois de quoi on parle bambin ? On te parle de mecs avec la voix de Gabin, l’allure de Delon ou encore la droite de Ventura. En connais-tu ? Oh oui mon gars, je sais que tu en connais un, celui qui a le visage marqué par la vie, l’esprit bien en place, les phalanges solides et une paire de c…… Tu les admires ceux-là qui, peu importe leur âge, qu’ils soient jeunes ou vieux, osent encore à défendre ta rue et à protéger l’esprit de quartiers qui ne sont délibérément pas amateurs de ces fumées épaisses et à vomir.

Tu les admires et les regardes, assis sur ton petit siège orange en plastique quand tu es dans la rame et qu’ils remettent à sa place la petite crapule qui effrite sa boulette de shit bas prix et coupée au contreplaqué. Tu aimerais tellement être comme eux, on aimerait tous être comme eux. Sont-ils des super héros en mode Marvel ? Non, le pavé d’ici n’est pas celui des studios d’Hollywood, ce n’est pas le Rêve Américain, ce n’est pas de la bande dessinée ou du cinéma. C’est la France, c’est la Provence, c’est Marseille, c’est la prose de la vie, c’est la réalité.

Ces hommes sont comme toi et moi, en plus couillus, mais ils sont tous appelés à retourner dans la Terre parfumée du Sud. Qui les remplacera à ton avis ? Vas-y, creuse-toi le ciboulot un peu. Nous sommes destinés à prendre leur place quand ils partiront, c’est con, mais c’est comme ça, pas besoin de négocier c’est l’autoritarisme de la Vie.

La Cité compte sur toi, la Cité, ses hommes et ses femmes comptent sur nous la jeunesse fière et insolente qui, d’un revers de la main, rejette toute cette merde qui empoisonne Marseille et répand le sang dans le caniveau, celle qui est délibérément rebelle et à contre-courant de cette mode de mort aux parfums « d’ailleurs ». Il n’est pas trop tard, faut bien commencer par quelque chose. Alors reprend ce qui t’appartient, les rues sont tiennes et tu n’es pas seul.

 

L’insoulènt

Une réflexion au sujet de « « Nous vous rappelons qu’il est interdit de fumer dans l’enceinte du métro… » »

  1. Pierre dit :

    Nous sommes de plus en plus nombreux …

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