Aller au contenu

Découverte : le musée des Beaux-Arts au Palais Longchamp

S’il y a un musée qui mérite un détour à Marseille, c’est bien celui des Beaux-Arts au Palais Longchamp. Un peu oublié, délaissé, il renaît enfin après une sérieuse rénovation et de longs travaux, qui ont tout de même duré neuf ans. Tour d’horizon des maîtres Provençaux dont les œuvres y abondent.

Mis à part une muséographie un peu mieux adaptée au lieu et un bon coup de propreté, peu de changement notable sauf au premier étage où le faux plafond a été supprimé pour enfin laisser voir une splendide verrière où passe une lumière naturelle valorisante pour les œuvres exposées. Par contre, le rez-de-chaussée reste toujours trop sombre…

Si ce musée vaut le détour, c’est surtout par la richesse de ses collections qui retracent 400 ans de l’histoire méditerranéenne. Créé en 1801, il est le plus ancien musée de Marseille. D’abord installée au couvent des Bernardines, sa collection s’est constituée pendant la révolution avec des œuvres saisies principalement au clergé et aux émigrés.

La municipalité décide de le transférer au Palais Longchamp dès l’inauguration de celui-ci, en 1873. Depuis les collections n’ont cessé de se doter d’apports intéressants, suivant les aléas économiques. L’école italienne et l’école flamande sont assez bien représentées. Au total, quelque 2 000 tableaux, 300 sculptures et 3 000 œuvres et dessins du XVIe et du XIXe siècle. Mais malheureusement, seules 200 œuvres peuvent être exposées.

Nous occupons-nous pour l’instant des petits maîtres Provençaux, qui font toute la particularité du musée et nous plongent dans le Marseille et la Provence des XVIIIe et XIXe siècles.

Joseph Dauphin (1819-1849), il peint en 1830 l’intérieur du premier musée des Beaux-arts, la chapelle des Bernardines.

Paul Grigou (1834 — 1871) avec La Canebière vue des allées du Meilhan peinte vers la fin du Second Empire. Ce peintre paysagiste de la Provence, lumineux et talentueux est particulièrement bien représenté par de nombreux grands et petits formats ; tous admirables par la technique ou les délicates couleurs.

musée des beaux arts Longchamp Marseille Prouvenco Info
Une vue de Marseille prise des Aygalades un jour de marché, Émile Loubon, 1853

L’incontournable Émile Loubon (1809-1863) avec Une vue de Marseille prise des Aygalades un jour de marché où l’on distingue au loin la colline de la « Bonne mère » avec son petit fortin (l’église n’était pas encore construite puisque le tableau est daté de 1853). On peut voir de ce peintre quelques paysages provençaux d’une exceptionnelle maîtrise et d’une luminosité étonnante, presque surnaturelle.

Jean-Joseph Kappeler (1706-1790) malgré son origine suisse, est très justement considéré comme un peintre marseillais, d’autant qu’il est né à Marseille, et ne quitte la ville qu’exceptionnellement pour Paris, lorsqu’il entre à l’Académie royale. Il sera également Directeur-recteur et membre fondateur de l’Académie de peinture et de sculpture de Marseille. Son œuvre majeure, peinte en 1756 est exposée au musée, Embarquement de l’expédition du Maréchal de Richelieu pour Minorque dans le port de Marseille. Elle nous montre l’activité et la configuration du port à l’époque, avec une mairie que l’on connaît : elle était déjà construite. Cette peinture est baignée de romantisme avec une mise en scène baroque. Subtil mélange qui nous immerge dans le rêve. Ce qui était probablement le but du peintre : réussite totale.

N’oublions pas les autres, les plus célèbres qui ne sont pas à proprement parler des petits maîtres. Félix Daumier (1808-1879) marseillais seulement par la naissance ayant fait toute sa carrière à Paris, et ses étonnantes caricatures, 36 petits bustes de bronzes appelés Les parlementaires groupés sur de judicieuses étagères dans un cadre noir ébène. Ce peintre et sculpteur est devenu célèbre par ces caricatures.

Valère Bernard (1860 — 1936) peintre de la Provence, également écrivain et poète militant occitan. Sa peinture, Au soleil représente deux hommes d’une étonnante présence, en gros plan sur un fond de vue d’un port (de Marseille ?). Peut-être est-ce dû à sa luminosité d’une probable magnifique journée d’hiver et par son dessin magistral.

Adolphe Monticelli (1824-1886) peintre inclassable, authentique Marseillais, il ne quitte quasiment pas sa ville. Coloriste, à la palette sombre, la matière de sa peinture est épaisse jusqu’à l’écœurement. Ces peintures restent pourtant élégantes. Et quel talent ! Monticelli est unique dans l’histoire de la peinture : sa touche est très sûre, même si peut-être un peu trop systématique — c’est le propre des peintres connaissant parfaitement leur technique – d’une hardiesse singulière pour son époque. On peut voir au musée quelques-unes de ses fameuses scènes de parc avec ses personnages bariolés. Et un grand Portrait de Madame Pascal. Là, la touche est plus légère, la palette plus claire et le dessin précis : une autre facette de Monticelli.

Félix Ziem (1821-1911) et ses « veniaiseries » comme l’on aurait envie de dénommer ses innombrables vues vaporeuses de Venise qu’il a reproduit à l’infini. Pas du tout provençal, il vit tout de même assez longtemps à Martigues qui lui rappelle Venise, son obsession, et qu’il a peint de la même façon éthérée. Sa technique n’est pas sans rappeler celle de Turner, la perfection en moins. Son œuvre reste tout de même intéressante et originale par sa légèreté presque impalpable. Sa peinture la plus significative que l’on peut voir au musée est une Vue de Venise au Bucentaure.

José Silbert (1862-1936) encore un authentique provençal, également un authentique orientaliste. Le musée a la chance de détenir un de ses tableaux, le plus représentatif du genre orientaliste et certainement un des plus connus au monde Le montreur de aras. La technique d’une précision indiscutable de ce peintre frise la perfection. Par le dessin, la couleur, la mise en page, tout est parfait, absolument parfait. Trop parfait ? Non ; cette perfection est contrebalancée par une poésie imperceptible, émouvante, presque céleste. Du grand art. Considéré de son temps comme un vulgaire « pompier », il est aujourd’hui reconnu comme un peintre orientaliste majeur.

musée des beaux arts Longchamp Marseille Prouvenco Info3
Embarquement de l’expédition du Maréchal de Richelieu pour Minorque dans le port de Marseille, Jean-Joseph Kappeler, 1756

On ne peut citer tous les petits-maîtres provençaux et les artistes de l’école de Marseille exposés au musée. On peut tout de même y ajouter Maurice Bompard (1857 – 1936), provençal, mais peintre orientaliste. Jean-Antoine Constantin (1756 – 1844) considéré pourtant comme le père fondateur de la peinture provençale n’a pas de place honorifique dans le musée. Jean Henry, dit Henry d’Arles (1734 – 1784) est représenté avec Une tempête pas très convaincante. Nommons encore Jean Daret (1613 – 1668) et Meiffren Conte (1613 – 1668) tous deux peintres provençaux classiques. Nous ne pouvons oublier la vedette du lieu, Pierre Puget, mais il nécessiterait à lui seul un article complet. Ainsi que l’école italienne et l’école flamande qui pourraient également faire l’objet d’une critique ultérieure. En attendant, allez, sans réserve, visiter ce musée.

CP pour La rédaction

Le musée est ouvert tous les jours, sauf le lundi, de 10 h à 18 h. Palais Longchamp – Tél. : 04.91.14.59.18

 

 

musée des beaux arts Longchamp Marseille Prouvenco Info2
Le musée des Beaux-Arts se trouve dans le Palais Longchamp, construit sous le Second Empire pour célébrer l’arrivée de l’eau de la Durance à Marseille.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *